Aubervilliers : des lycéens mobilisés pour financer leur voyage d’études à Cuba

Lycéens d'Aubervilliers travaillant ensemble en classe sur leur projet de voyage d'études

Dans les salles de classe du lycée Le Corbusier, situé rue Léopold-Réchossière à Aubervilliers, un groupe d’élèves de terminale scientifique refuse de cantonner l’apprentissage des langues vivantes aux manuels scolaires. Encadrés par leur professeure d’espagnol, Veronica da Mota, ces jeunes mènent depuis deux années scolaires une immersion complète dans la réalité cubaine à travers une initiative collective intitulée « Soy de Cuba ». L’objectif final : franchir l’Atlantique pour confronter leurs recherches théoriques au quotidien des habitants de La Havane.

Dépasser les clichés par l’enquête et la pratique

Loin des images d’Épinal associées aux stations balnéaires des Caraïbes, le groupe s’est plongé dans les complexités historiques et économiques de l’île. Embargo commercial, système de rationnement, coexistence de deux devises monétaires, mais aussi mémoire révolutionnaire et phénomène migratoire des balseros : les lycéens ont décortiqué les tensions d’un pays singulier. Cette démarche rigoureuse rappelle combien l’accès aux savoirs critiques est déterminant pour la jeunesse populaire, une thématique souvent abordée quand on constate qu’« On croyait, à tort, qu’ils connaissaient l’histoire » sans leur offrir les espaces d’investigation nécessaires.

Pour s’approprier ces connaissances, les élèves ont mis la main à la pâte. Ils ont conçu un véritable journal télévisé en espagnol et rédigé de toutes pièces une fiction inspirée des telenovelas latino-américaines. Les moyens techniques limités n’ont pas freiné leur créativité : trépieds improvisés avec des objets du quotidien, sessions de montage vidéo prolongées tard le soir et travail assidu sur la diction. Cette pratique intensive a permis de désamorcer l’appréhension habituelle de l’expression orale, un atout précieux à l’approche des épreuves du baccalauréat.

L’ouverture internationale comme levier d’émancipation

Ce travail pédagogique démontre la capacité des élèves de Seine-Saint-Denis à porter des ambitions intellectuelles élevées, contrecarrant le sentiment persistant que « la neutralité sociale des études supérieures est un leurre » pesant sur leur scolarité. Tout comme les initiatives citoyennes où des lycéens de banlieue auditionnés par le conseil économique et social prennent la parole dans les institutions républicaines, ces jeunes d’Aubervilliers prouvent qu’ils peuvent être les acteurs centraux de leur propre parcours éducatif.

Sur le plan humain, l’expérience tisse des passerelles concrètes. Une correspondance régulière s’est engagée avec des jeunes cubains, permettant de comparer les modes de vie, les aspirations et les contraintes de chaque rive. Conscients des difficultés matérielles et des restrictions d’accès aux technologies numériques vécues par leurs correspondants, les lycéens conçoivent un jeu de société interactif destiné à valoriser les cultures des deux pays lors de leur future rencontre.

Le défi du bouclage budgétaire

Pour concrétiser ce séjour d’étude prévu au printemps, l’obstacle financier reste majeur. Si l’adhésion des familles a été acquise malgré les craintes légitimes liées à l’éloignement, le coût des billets d’avion et de l’hébergement pèse lourdement sur les budgets modestes. Les lycéens et leur enseignante multiplient donc les démarches pour récolter les fonds manquants, alliant une campagne sur une plateforme de financement participatif et le soutien du foyer socio-éducatif de l’établissement.

Pour ces jeunes d’Aubervilliers, cette aventure collective représente une opportunité rare d’élargir leur vision du monde, d’éprouver leur autonomie et de transformer un projet de classe en une expérience citoyenne marquante.

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